Avez-vous déjà entendu parler du fameux conseil d’écriture show don’t tell ? Cette expression anglaise, littéralement « montrer, ne pas dire », est devenue l’un des principes les plus cités de l’écriture narrative. Cependant, il est probablement le plus mal compris. Souvent réduite à un simple slogan, cette technique mérite d’être maîtrisée pour être réellement efficace.
Premièrement, nous allons voir d’où vient le show don’t tell, et comment le maîtriser concrètement dans vos textes. De plus, j’ai prévu quelques exemples qui vous permettront de l’appliquer dès aujourd’hui, dans vos différents écrits.
D’où vient le principe du show don’t tell ?

Le show don’t tell n’est pas né avec l’écriture créative moderne. On retrouve déjà cette idée chez Anton Tchekhov, l’écrivain russe du XIXe siècle. On le connait pour une citation devenue culte : « Ne me dis pas que la lune brille ; montre-moi le reflet de la lumière sur du verre brisé« . Cette formule illustre parfaitement l’esprit du principe. Il faut privilégier l’image concrète à l’affirmation abstraite.
Le terme anglais quant à lui, s’est popularisé au XXe siècle dans les cercles anglo-saxons de creative writing. Et notamment à travers les ateliers universitaires américains et les manuels d’écriture destinés aux romanciers. Des auteurs comme Ernest Hemingway et sa fameuse « théorie de l’iceberg », ont largement contribué à populariser cette approche. Ainsi, suggérer plutôt qu’expliquer, laisser le lecteur ressentir plutôt que de tout lui dire.
Aujourd’hui, ce conseil s’enseigne dans toutes les formations d’écriture créative, du roman au scénario en passant par le copywriting. Il repose sur un principe psychologique simple : un lecteur qui vit une scène s’en souvient bien mieux qu’à celui où on l’a simplement décrite.
Pourquoi cette technique fonctionne-t-elle aussi bien ?
Le cerveau humain réagit différemment face à une information abstraite et face à une image sensorielle. Quand vous écrivez « Marc était furieux », le lecteur enregistre une donnée froide. Quand vous écrivez « Marc serra les poings, sa mâchoire se contracta et il envoya son verre s’écraser contre le mur », le lecteur visualise, ressent la tension, et vit presque la scène de l’intérieur.
C’est là toute la force du show don’t tell : il transforme une information en expérience. Il engage l’imagination et sollicite les cinq sens. Il crée une immersion que la simple affirmation ne peut jamais atteindre. C’est également ce qui distingue un texte mémorable d’un texte qu’on oublie aussitôt refermé.
Comment maîtriser le show don’t tell ?

Dans son roman, Ecriture : Mémoire d’un métier, Stephen King prend l’exemple d’Annie Wikels, son personnage de Misery.
Maîtriser le show don’t tell demande de l’entraînement, mais quelques réflexes peuvent vous aider à transformer votre écriture.
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Je me suis efforcé de ne jamais dire tout de go « Annie paraissait déprimée et peut-être même suicidaire, ce jour-là ». Si je suis obligé de vous le dire, j’ai perdu. Si, en revanche, je suis capable de vous montrer une femme silencieuse, aux cheveux sales, qui se bourre compulsivement de gâteaux et de bonbons, c’est vous qui en tirez la conclusion qu’Annie est dans un moment dépressif du cycle maniaco-dépressif, et j’ai gagné.
Stephen king
1. Traquez les mots « télégraphiques »
Certains mots sont des signaux d’alarme : ils annoncent que vous êtes en train de « dire » plutôt que de « montrer ». Des adjectifs comme triste, heureux, effrayé, fatigué, ou des verbes d’état comme était, semblait, paraissait trahissent souvent une description trop directe. On ne demande pas de les bannir totalement, mais leur présence répétée est un bon indicateur pour retravailler une scène.
2. Passez par le corps et les sens
Plutôt que de nommer une émotion, décrivez ses manifestations physiques : un cœur qui s’accélère, des mains moites, une gorge nouée, un souffle court. Le corps est le meilleur vecteur car il permet au lecteur de reconnaître une sensation qu’il a lui-même déjà vécue. Alors n’hésitez pas à observer, ressentir vos propres émotions afin de les retranscrire plus facilement.
3. Utilisez l’action et le dialogue
Une porte qui claque, un silence ou des cris, en dit souvent bien plus qu’une phrase annonçant la colère. De même, un dialogue bien construit révèle la personnalité, les intentions et les tensions sans jamais avoir besoin de les expliciter.
4. Faites confiance à votre lecteur
Le show don’t tell repose sur un pari : celui de faire confiance à l’intelligence et à la sensibilité du lecteur. Il n’est pas nécessaire de tout expliquer. En lui donnant des indices concrets, il construit lui-même le sens, ce qui renforce son engagement émotionnel dans l’histoire.
5. Sachez quand « dire » reste utile
Il serait faux de croire que le show don’t tell doit s’appliquer à chaque phrase. Cependant, certaines informations factuelles ou de transition gagnent à être énoncées directement, pour ne pas alourdir le rythme du récit. L’enjeu n’est pas d’éliminer le « tell ». Il faut le réserver aux moments qui ne nécessitent pas d’être vécus intensément par le lecteur. De même pour le « show », réservez-le aux scènes clés, chargées d’émotion ou de tension dramatique.
Quelques exemples concrets de show don’t tell
Rien ne vaut des exemples pour bien saisir la différence entre « dire » et « montrer » :
Exemple 1 – La tristesse
- Tell : Il était triste.
- Show : Ses yeux commencèrent à piquer et sa gorge se noua lorsqu’elle observa la photo de son mariage.
Exemple 2 – La peur
- Tell : L’enfant avait peur du noir.
- Show : Il s’assura que la lumière était bien allumée avant de s’engager dans le couloir en direction des toilettes.
Exemple 3 – La richesse d’un personnage
- Tell : C’était une femme riche.
- Show : Elle déposa les clés de sa Porsche dans son vide poche, à côté de la montre Rolex offerte par son mari pour leur 50 ans de mariage.
Exemple 4 – La fatigue
- Tell : Elle était épuisée après sa journée de travail.
- Show : Elle s’effondra sur le canapé sans même retirer ses chaussures, et s’endormit aussi rapidement et profondément qu’un bébé.
Ces exemples montrent bien que le show don’t tell ne consiste pas à allonger artificiellement une phrase. Mais à choisir le détail qui active l’imagination du lecteur sans avoir besoin d’un mot abstrait pour nommer l’émotion.
Le show don’t tell n’est pas une simple formule à appliquer mécaniquement. C’est une véritable philosophie d’écriture, héritée de Tchekhov et popularisée par des générations d’auteurs soucieux de créer une expérience de lecture immersive. Ainsi, en apprenant à repérer les mots trop directs, à passer par les sensations physiques, l’action et le dialogue, tout en gardant une part de narration factuelle quand elle est nécessaire, vous donnerez à vos textes une profondeur et une intensité émotionnelle que la simple description ne pourra jamais offrir.
Que vous soyez romancier, scénariste, blogueur ou rédacteur web, intégrer le show don’t tell à votre pratique d’écriture est l’un des moyens les plus efficaces pour captiver durablement votre lecteur. Et ainsi de transformer un texte informatif en une véritable expérience à vivre.