Avis Mon vrai nom est Elisabeth Adèle Yon

Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon : un récit au service de la mémoire collective

Il y a des livres qu’on referme en ayant l’impression qu’on ne sera plus tout à fait la même personne. Mon vrai nom est Elisabeth est de ceux-là. Premier roman d’Adèle Yon, ce récit se situe à la frontière entre enquête intime, portrait de femme et histoire collective. Il transforme la peur d’une descendante en acte de mémoire. En effet, on dépasse la pathologie d’une femme, car c’est tout un pan de l’histoire des femmes qui surgit. Découvrez mon avis sans filtre sur Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon.

Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle Yon - TOP 12 de mes meilleures lectures de 2025

Mon vrai nom est Elisabeth

Autrice : Adèle Yon
Editeur : Editions du sous sol
Nombre de pages : 400 pages
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Résumé du livre

Tout part d’une question simple et vertigineuse : Et si je devenais folle, moi aussi ? C’est cette ombre portée de génération en génération, qui pousse Adèle Yon à se mettre en mouvement. Elle part à la recherche d’Elisabeth, son arrière-grand-mère, enfermée à l’asile et depuis lors réduite à ce seul mot : folle. Adèle Yon plonge la tête la première dans les secrets familiaux pour nous livrer une enquête entre mémoire intime et collective.


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INCIPIT DE MON VRAI NOM EST ELISABETH D’ADELE YON

Résumé de ma critique

Pour celles et ceux qui n’auraient pas le temps, ou juste la flemme, de tout lire

📖 Histoire

– Deux parties complémentaires pour cette enquête.
– Un récit intime au coeur d’une famille.
– Une enquête où la mémoire collective vient raisonner avec le récit intime.

👥 Personnages

– Adèle Yon, l’autrice elle-même comme narratrice et personnage au centre du récit.
– Sa famille, avec notamment sa grand-mère qui va l’aider à recoller les pièces du puzzle.
– Elisabeth, que l’on découvre petit à petit avec les fragments d’histoires.

👀 Thématiques

– La place des femmes dans une société patriarcale.
– La médecine au service du progrès et contre les femmes.
– La mémoire collective qui rend les noms à de nombreuses femmes.

💖 Un premier roman comme une enquête intime et collective pour comprendre et s’indigner.

Une enquête entre intime et archives

Le roman se déroule en deux parties bien distinctes, et c’est cette architecture qui lui donne toute sa force.

La première est une plongée dans l’intime. Adèle Yon mène une véritable enquête de terrain : elle interroge sa famille, recueille des souvenirs épars, reconstitue une vie à partir de fragments. Et puis il y a les lettres, celles qu’Elisabeth écrivait à son mari. Coeur battant du livre, on y entend une femme vivante, lucide, passionnée. Nous sommes bien loin du portrait de déséquilibrée qu’on lui a collé. Cette première partie est bouleversante. Je me suis attachée à Elisabeth avant même de comprendre toute l’injustice de son histoire. On l’aime d’abord. On s’indigne ensuite.

La deuxième partie prend de la hauteur. Adèle Yon quitte la sphère familiale pour plonger dans les archives officielles, les documents hospitaliers, les protocoles médicaux. Elle remonte le fil de l’institution psychiatrique, de ses pratiques. C’est à ce moment-là que la lobotomie rentre vraiment dans l’enquête. Elle inscrit Elisabeth dans une histoire bien plus large, celle de toutes celles et ceux qu’on a enfermés. Cette partie est intellectuellement saisissante, rigoureuse, nécessaire. L’émotion de la première partie cède la place à une colère froide. Je dirai même une stupeur devant l’ampleur du phénomène. Mais cette deuxième partie est indispensable. Elle permet de transformer un portrait familiale en témoignage universel.

Des personnes réelles, des voix retrouvées

Mon vrai nom est Elisabeth est un récit familiale où chaque voix appartient à une personne qui a existé. Cette réalité a changé toute ma lecture.

Adèle Yon, l’autrice elle-même est présente en tant que narratrice et personnage. J’ai pu suivre ses doutes, ses peurs, ses questionnement sur sa santé mentale. Son chemin d’enquêtrice est aussi un chemin de libération personnelle.

À ses côtés, sa grand-mère occupe une place centrale. Elle est la gardienne des fragments, celle avec qui Adèle discute pour assembler les pièces du puzzle. Leurs échanges donnent au livre une texture vivante et une chaleur familiale au milieu des archives.

Mais au coeur du récit, il y a Elisabeth. On ne la voit jamais directement. On la découvre par fragments, à travers les témoignages de la famille, les lettres et autres souvenirs reconstruits. Et pourtant elle s’impose avec une présence extraordinaire. J’ai été happé par ce portrait dévoilé petit à petit. Ce qui a renforcé mon attachement à cette femme libre. Et c’est précisément cette liberté qui lui vaudra d’être désignée comme folle. J’ai oscillé entre fascination et tristesse à son égard. On voudrait lui rendre ce qu’on lui a pris. Son nom, déjà. Son vrai nom.

La folie comme outil de contrôle

Adèle Yon pose une question qui dérange, et qui résonne bien au-delà du destin d’Elisabeth : Est-on vraiment folle, ou le devient-on à cause de la société patriarcale ?

La folie, dans le livre, n’est jamais traitée comme une donnée médicale neutre. Elle est un outil de contrôle lorsque des femmes dérangent, désobéissent, refusent d’être ce qu’une société patriarcale attend d’elles. L’étiquette « hystérique » est posée rapidement, parfois sans raison solide, parfois pour les mauvaises raisons. Et elle suffit à faire disparaître une femme.

D’un autre côté nous avons, le pouvoir du mari. Sa place dans ce système, est absolu. Il a tous les droits. L’emprise conjugale se double ici d’une emprise institutionnelle, et le résultat est implacable.

Et puis il y a la lobotomie. Cette « avancée médicale » dont le livre dresse un portrait glaçant. Pratiquée massivement sur des femmes, présentée comme un traitement. Pourtant, elle apparaît ici pour ce qu’elle était souvent : une façon de rendre docile ce qui résistait.

De plus, ce qui est remarquable, c’est que l’autrice relie cette histoire à une mémoire collective. En effet, Elisabeth n’est malheureusement pas un cas isolé. Elle est l’une des nombreuses femmes que la société a eu besoin de désigner comme « folle ». Cette dimension politique du livre est ce qui en fait une lecture aussi perturbante que nécessaire.


Vous aurez compris mon avis sur Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon. Ce premier roman est un équilibre entre l’intime et le collectif. J’ai refermé ce livre avec de nombreuses émotions : la tristesse pour Elisabeth, la colère contre le système, et une curiosité aiguisée pour l’histoire de la lobotomie. Et enfin, l’autrice redonne son nom à une femme, son arrière-grand-mère. Elle en redonne aussi à beaucoup d’autres.

Une lecture que je ne peux que vous recommander !


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